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fondé par Michèle Mestre
20 décembre 2024

2011-2024 : l'asphyxie lente de la Syrie populaire

Bonjour,

Le 8 décembre 2024, le gouvernement syrien de Bachar al Assad est tombé. En dix jours, le groupe djihadiste HTC, venu d’Idlib (nord), a pris le contrôle de l’État syrien.

Pour comprendre ce qui s’est passé, il ne suffit pas de remonter jusqu’au prétendu « printemps arabe » de 2011. Il nous faut comprendre la lente asphyxie économique orchestrée par les impérialistes.

C’est un coup très dur porté à l’« axe de la Résistance », qui unit la Palestine, le Liban, la Syrie, l’Iran et le Yémen. C’est aussi une défaite pour les forces anti-impérialistes. Ce nouveau pas vers la guerre mondiale ne doit pas nous démobiliser : il nous incite à garder les yeux ouverts.

Le peuple syrien exsangue, isolé, affamé…

Treize ans. La guerre civile provoqué par les islamistes n’a pas cessé depuis 2011. Pendant de nombreuses années, les Syriens ont réussi à contenir l’invasion. Cinq fronts. La Syrie était attaquée de toute part par les forces impérialistes et leur bras armé djihadiste. De nombreux succès ont été enregistré grâce au soutien de l’Iran et de la Russie.

En 2017, dans une interview à la télévision française, Bachar el-Assad déclarait : « Non, je ne crois pas que l’on peut parler d’avoir gagné la guerre avant d’avoir battu les terroristes partout en Syrie. Il s’agit seulement d’un pas important sur le chemin qui va nous conduire à battre et éliminer le terrorisme dans notre pays. Mais je pense que ce sera un long chemin, et ce, pour une seule et simple raison : les terroristes ont le soutien de nombreux pays occidentaux, y compris la France et le Royaume-Uni, mais aussi la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar dans notre région. » [TF1 – 2017]

Malgré ses victoires, le territoire de la Syrie est largement occupé par plusieurs forces impérialistes. A l’est, les champs pétroliers sont occupés par les US (autour de Raqqa). Une large bande frontière, mitoyenne de la Turquie, est occupée par les Kurdes, soutenus par la France et les Etats-Unis. Plus à l’ouest, une zone est occupée par des forces turques. Au sud, l’armée sioniste tient le Golan depuis 1967.

Carte de la Syrie
Carte de la Syrie (légende)

L’État islamique (Daesh) est créé par Al-Qaïda en Irak en 2006. En 2012, il commence à s’étendre en Syrie. Il perd ses derniers territoires en Syrie en mars 2019. Abou Bakr al-Baghdadi, son chef, est tué le 27 octobre 2019 lors d’une opération menée par les forces spéciales US à Baricha (Syrie). En 2024, l’organisation continue de commettre de nombreux actes terroristes et demeure dans le désert syrien.

Depuis 2011, les US et l’UE ont pris des sanctions économiques drastiques à l’encontre de la Syrie. L’État syrien ne pouvait plus payer ses soldats et ses fonctionnaires. Dans ces conditions, l’Iran a proposé jusqu’au dernier moment d’intervenir pour aider la Syrie : « Si le gouvernement syrien demandait à l’Iran d’envoyer des troupes en Syrie, Téhéran examinerait cette demande », a annoncé le 3 décembre Abbas Araghtchi, ministre iranien des Affaires étrangères.

PIB de la Syrie au cours du temps

Malgré le soutien diplomatique algérien, qui était parvenu en mai 2023 à faire réintégrer la Syrie dans la Ligue arabe après plus de onze ans d’exclusion ; malgré le soutien décisif de la Syrie populaire à l’union des forces résistantes palestiniennes, les impérialistes sont parvenus à leurs fins.

Bachar el-Assad exfiltré

Bachar el-Assad le 3 décembre 2024

Bachar el-Assad le 3 décembre 2024

La 16 décembre 2024, un communiqué est publié à Moscou, « après plusieurs tentatives infructueuses de dissémination dans les médias arabes et internationaux ». Il donne l’opinion du président « déchu » Bachar El-Assad pour la première fois depuis le 8 décembre.

« Mon départ de Syrie n’était pas prémédité et n’a pas non plus eu lieu durant les dernières heures de la bataille », contrairement au « flot de désinformation et de récits loin de la vérité, destiné à faire passer le terrorisme international pour un mouvement de libération », écrit Bachar El-Assad. Il affirme être « resté à Damas, accomplissant [son] devoir jusqu’au dimanche 8 décembre à l’aube ». Dès l’entrée des « forces terroristes » dans la capitale syrienne, Assad « s’est déplacé » vers la base militaire russe de Hmeimim, près de Lattaquié, « pour superviser les opérations militaires ». Mais la base a alors été attaquée par des drones. « Sans aucun moyen viable de quitter la base, Moscou a exigé […] une évacuation immédiate vers la Russie le dimanche 8 décembre au soir », explique Bachar El-Assad. « À aucun moment je n’ai envisagé de démissionner ou de chercher refuge, et une telle proposition n’a été faite par aucun parti. La seule voie d’action était de continuer à combattre l’assaut terroriste », assure-t-il. Jusqu’à ce que les événements l’aient contraint à partir, justifie-t-il. « Lorsque l’État tombe entre les mains du terrorisme et que la capacité à apporter une contribution significative est perdue, tout poste de responsabilité devient dépourvu de sens et […] inutile. » [Telegram]

Nous reviendrons bientôt sur les fausses allégations qui entourent les treize ans de résistance anti-impérialistes de la Syrie. En attendant, pour en savoir plus, nous vous invitons à relire notre brochure sur la Syrie publiée en mai 2023 (n°100).

Notre première brochure « La Syrie et l’impérialisme français » de Communistus (n°100, an 2, dimanche 28 mai 2023, 22 p.) avec une chronologie de la Syrie de 2011 à 2024.

Nous avons perdu une bataille, mais le peuple gagnera la guerre par la révolution socialiste !

Communistus


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