Meloni contre Ventotene, fascisme & coup d'Etat en Allemagne
Bonjour,
Giorgia Meloni contre le Manifeste de Ventotene
Manifestation pour l’Europe
Samedi 15 mars s’est déroulée à la Piazza del Popolo à Rome une manifestation « pour l’unité et la liberté de l’Union européenne ». L’idée de cette manifestation a été lancé par le journaliste Michele Serra dans un article intitulé « Dites quelque chose d’européen » (Dite qualcosa di europeo) sur le quotidien Repubblica le 22 février en réponse à l’annonce du président Trump de son intention de découplage des Etats-Unis d’Amérique vis-à-vis de l’Europe. Le journaliste italien a résumé son initiative par le slogan : « Soit on fait l’Europe soit on meurt » (Qui si fa l’Europa o si muore).
Les maires de quinze villes italiennes ont annoncé organiser également des manifestations pour l’occasion. Une manifestation s’est aussi tenue à Bruxelles. L’ensemble du spectre impérialiste « démocratique » italien s’est coalisé autour de cette initiative : Partito Democratico (équivalent du PS), La Nuova Europa, Tutti Europa 2030, Associazione Giuseppe Mazzini, Italia Viva (allié de Macron), Azione, Forza Italia, Centristi per l’Europa. Les associations étaient également de la partie : Legambiente, Agesci, Legacoop, la Comunità di Sant’Egidio, +Europa et des associations Lgbtq+. Même les syndicats Cgil (équivalent de la CGT), Cisl e Uil, malgré l’opposition forte de leurs bases.
L’Association nationale des partisans italiens (ANPI) a exprimé son opposition franche au plan ReArm Europe. Le collectif Potere al Popolo a organisé une contre-manifestation sur la piazza Barberini sous le slogan « Le journaliste Serra nuit gravement à la paix » (L’effetto Serra nuoce gravemente alla pace).
Quant aux forces de la coalition gouvernementale, elles ne se sont pas associées à cette manifestation qu’elles dénoncent comme « symbolique ». Le ministre de la Défense Guido Crosetto, du parti Fratelli d’Italia comme la Présidente du Conseil, a estimé : « Il ne suffit pas d’agiter un drapeau pour rendre l’Europe plus forte. Il faut des politiques sérieuses pour la défense commune, l’énergie et l’industrie » (Non basta sventolare una bandiera per rendere l’Europa più forte. Servono politiche serie su difesa comune, energia e industria).
Ce non-soutien à la manifestation a été utilisé par les participants pour attaquer une nouvelle fois Meloni sur l’alignement prétendu de sa politique étrangère sur les intérêts de la Russie.
Anniversaire de l’Unité
Le 17 mars est en Italie la « journée de l’Unité nationale, de la Constitution, de l’hymne et du drapeau » en souvenir du 17 mars 1861 où le royaume d’Italie fut déclaré.
À cette occasion, les opposants au gouvernement de Meloni ont dénoncé une nouvelle fois sa politique européenne. Pour les impérialistes « démocrates » italiens, l’Union européenne doit inscrire ses pas dans ceux de l’Italie. L’Union européenne n’a pas seulement pour vocation d’être une union d’États souverains. Pour les rédacteurs du Manifeste de Ventotene, l’UE doit prendre la forme d’un seul État, soit fédéral soit unitaire.
Le Manifeste de Ventotene
Le Manifeste de Ventotene est aujourd’hui considéré comme une des premières évocations de l’idée d’une union des nations européennes. En 1941, les libéraux antifascistes Ernesto Rossi, Eugenio Colorni et Altiero Spinelli rédigent un « manifeste pour une Europe libre et unie » alors qu’ils se trouvent en résidence surveillée sur l’île italienne de Ventotene. L’histoire officielle de l’Union retient en particulier Altiero Spinelli qui est considéré comme « un des pères fondateurs de l’UE ».
D’un point de vue intellectuel, ce manifeste est une bouillie infâme. Comme Spinelli a un temps été au Parti communiste italien (PCI), ses arguments reprennent en partie le vocabulaire de Lénine. Cependant, ses idées sont celles d’un bourgeois, d’un libéral, d’un social-démocrate, d’un anti-communiste, en particulier anti-soviétique, en somme d’un impérialiste. Selon nous, le Manifeste de Spinelli offre une preuve de l’inspiration soviétique directe de la construction européenne. Spinelli est à la fois visionnaire et réactionnaire. Son Manifeste souffre d’une absence de compréhension du fonctionnement de l’impérialisme.
Après la Seconde guerre mondiale, le Manifeste de Ventotene est devenu la pierre angulaire du dogme « démocrate » en Italie. Le Manifeste est mobilisé par les cadres du PCI pour défendre la République unitaire italienne contre le néofascisme, le royalisme et la république fédérale. Le Manifeste est également utilisé par les démocrates-chrétiens pour soutenir la formation de l’Union européenne.
Rapport gouvernemental en vue du Conseil européen
Avant chaque réunion du Conseil européen, organe de l’Union européenne qui réunit les chefs d’État ou de gouvernement, le Président du Conseil des ministres présente un rapport expliquant les positions du gouvernement italien sur les sujets qui seront abordés lors du Conseil européen. Ce rapport donne lieu à un débat et se conclut par la réponse du Président du Conseil des ministres. Ce rapport est présenté à la Chambre de députés et au Sénat de la République.
Le 18 mars 2025, lors du rapport en vue du Conseil européen des 20 et 21 mars, Giorgia Meloni, présidente du Conseil des ministres, a créé une vive polémique à propos de la manifestation européiste. Elle a longuement cité et critiqué le Manifeste de Ventotene, dont des exemplaires avaient été distribué lors de la manifestation, ce qui a conduit à une vive indignation dans l’hémicycle.
Les citations choisies insistent sur le caractère prétendument « révolutionnaire » et « socialiste » de l’Europe voulue par Spinelli. Ce faisant, Meloni se range du côté de l’ordre, renvoie ses opposants « de gauche » à leur violence, tout en sapant un des fondements de la république italienne.
Meloni n’a aucun génie politique. Elle se contente de révéler l’état de la lutte sociale en Italie. Elle révèle par la même occasion l’échec de la stratégie historique dite « du passage pacifique au socialisme » des partis communistes d’Europe de l’Ouest.
À propos de l’emploi du mot « fascisme »
La collaboration de classe que nous ont imposé les partis communistes d’Europe de l’Ouest a, pendant un temps, éloigné la réalité du système impérialiste qui domine en Europe. L’avenue de la révolution chinoise remet l’humanité face à son devoir révolutionnaire. Le peuple se met en quête de nommer et de définir le mal qui ronge son existence. C’est ainsi que l’épithète infamante de « fascisme » refait surface avec force.
Cependant, nous communistes devons faire attention au vocabulaire que nous employons. À Communistus, nous pensons qu’il faut réserver l’emploi du mot « fascisme » à l’histoire du ventennio fascista italien (1922-1943).
Mobiliser le mot « fascisme » ne permet pas de mieux appréhender l’impérialisme d’aujourd’hui. De manière générale, l’histoire du fascisme est très mal connue en Italie et dans le monde. L’établissement d’une histoire nationale dans la toute jeune République italienne n’a pas aidé à caractériser précisément le régime fasciste par rapport à l’Italie post-fasciste. Des pans entiers de l’histoire fasciste échappent encore à la connaissance.
Par ailleurs, le mot « fascisme » renvoie également à un imaginaire mal défini, souvent folklorique et insignifiant. Il n’y a aucune différence substantielle entre le gouvernement impérialiste d’hier et celui d’aujourd’hui. Mais il est aussi vrai qu’il n’y a rien du régime de Mussolini dans l’Italie de Meloni. Nous pourrions trouver des points de ressemblance, mais cette comparaison n’aurait que peu de vertu. Quand bien même certains partis, dont celui de Meloni, se réclament du fascisme et reprennent à leur compte cette forme particulière de l’impérialisme italien, ce n’en sont pas ses aspects saillants qui sont mis en avant.
À nos yeux communistes, le fait saillant de la politique fasciste est le colonialisme, dans son affrontement avec les impérialismes français et britannique en Afrique (Libye, Éthiopie, Érythrée) et dans les Balkans (Albanie, Yougoslavie). À l’inverse, nous relativiserions la portée de l’héroïsme populaire antifasciste, non qu’il n’ait pas existé, mais qu’il fut – comme la Résistance en France – l’œuvre d’une minorité. Une minorité qui nous honore nous communistes. Mais aussi une expérience de la trahison des appareils centraux des partis communistes d’Europe de l’Ouest ; et une expérience de notre manque total de préparation à la guerre révolutionnaire pour le socialisme.
En Italie comme en France, la faiblesse des communistes réside dans les erreurs de compréhension qu’ils commettent. Mal nommer c’est commettre une erreur de compréhension. Nous devons nous former à saisir la réalité de l’impérialisme français, italien, européen. Pour être utiles à la révolution, les communistes doivent comprendre l’impérialisme.
En somme, la prochaine fois que vous voudrez attaquer quelqu’un, traitez-le d’impérialiste !
Pour l’étude de l’histoire du fascisme en Italie, le peuple a besoin d’un parti communiste organisé pour diriger la révolution. En Italie, ce parti est le parti communiste italien (PCI). Le PCI n’est pas mort. Vive le PCI !
Allemagne : un coup d’État au bazooka
Le 23 août 2024, le président fédéral Frank-Walter Steinmeier fixe initialement la date du scrutin au 28 septembre 2025 sur recommandation du gouvernement. Un désaccord sur la question de la dette éclate dès la fin de l’été 2024 entre les forces de la coalition tricolore SPD-Grüne-FDP dirigée par le chancelier Olaf Scholz.
Le 6 novembre 2024, Olaf Scholz révoque Christian Lindner, président du FDP, du ministère fédéral des finances. Tous les ministres du FDP démissionnent alors du gouvernement. Le gouvernement allemand se retrouve sans majorité parlementaire.
Le 16 décembre 2024, le chancelier Scholz perd le vote de confiance au Bundestag par 394 voix contre, 207 voix pour et 116 abstentions. En conséquence, le président Steinmeier procède formellement le 27 décembre à la dissolution du Bundestag et à la convocation des élections fédérales au 23 février 2025.
Le 23 février 2025, la composition du nouveau Bundestag se révèle. La CDU/CSU de Friedrich Merz obtient 28,52 % ; l’AfD d’Alice Weidel obtient 20,80 % ; le SPD d’Olaf Scholz obtient 16,41 % ; Die Grünen [Les Verts] de Robert Habeck obtiennent 11,61 % ; Die Linke [La Gauche] de Jan van Aken et Heidi Reichinnek obtient 8,77 %. Une coalition minoritaire CDU/CSU-SPD dirigée par Friedrich Merz se constitue.
En réponse à l’annonce du président Trump de son intention de découplage des Etats-Unis d’Amérique vis-à-vis de l’Europe, le candidat à la chancellerie Friedrich Merz annonce le « plan bazooka » visant à débloquer des milliards d’euros pour les dépenses de défense et d’infrastructure.
Ce plan consiste en une modification des règles budgétaires de la Loi fondamentale (constitution allemande). L’article 110 de la Loi fondamentale dispose que « les recettes et les dépenses doivent s’équilibrer ». L’article 115 ajoute que « le produit des emprunts ne doit pas dépasser le montant des crédits d’investissements inscrits au budget » et que « il ne peut être dérogé à cette règle que pour lutter contre une perturbation de l’équilibre économique mondial ». L’Allemagne a dérogé une dizaine de fois depuis 1970 à cette règle générale.
En outre, à partir de 2016, la Loi fondamentale dispose, dans l’article 109 paraphe 3, que le déficit structurel du budget fédéral ne doit pas « dépasser 0,35 % du produit national brut ». Contrairement aux critiques des impérialistes français, la Loi fondamentale est assez souple ; c’est son application qui se voulait stricte. Il nous faudrait creuser les raisons politiques sous-jacentes. Un des objectifs semblait de maintenir une disparité forte entre les infrastructures de l’est et de l’ouest de l’Allemagne au détriment de l’est.
Une révision constitutionnelle doit être adoptée par les deux tiers du Bundestag. Devant la faiblesse de la nouvelle coalition, l’ancien chancelier SPD et le futur chancelier CDU/CSU ont imaginé un coup d’État. Alors que les citoyens allemands avaient déjà voté pour le nouveau Bundestag, la nouvelle coalition gouvernementale a décidé de soumettre une révision constitutionnelle au vote de la législature précédente. Il fallait que toutes les voix de l’ancienne coalition SPD-Grüne-FDP se mélangent à celles de la CDU/CSU pour que le quorum nécessaire à l’adoption de cette révision soit atteint.
Il est d’usage en Allemagne de considérer qu’une législature ne prend officiellement fin que lorsque la nouvelle prend ses fonctions afin d’éviter la vacance du pouvoir législatif. Après les élections fédérales du 23 février 2025, la nouvelle législature prend ses fonctions un mois plus tard, soit le 25 mars 2025. Dans l’intervalle, le Bundestag a adopté le 19 mars 2025 une révision de la Loi fondamentale contre le suffrage exprimé par le peuple. C’est la définition d’un coup d’État. La nouvelle coalition gouvernementale a bénéficié de la bienveillance des Verts et des libéraux du FDP.
La révision constitutionnelle a été adoptée par 513 voix, soit plus que les 489 voix requises. Cela démontre la large adhésion du spectre impérialiste à la réforme. La révision doit maintenant être adoptée au Bundesrat.
Cette révision constitutionnelle démontre une évolution des impérialistes allemands en faveur du réarmement et de la guerre contre la Russie. Un fonds spécial de 500 milliards d’euros va être créé pour financer des projets d’infrastructure en dehors du budget ordinaire au cours de la prochaine décennie ; dont 100 milliards d’euros consacrés au soutien des mesures de transformation de l’économie en faveur du climat.
Disons-le tout de suite : cette révision constitutionnelle et ce plan de réarmement sont, pour l’instant, plus des symboles que des actes. Des symboles d’une marche effrénée à la confrontation directe avec la Russie. Mais aussi des symboles de la faillite des stratégies actuelles et historiques de mobilisation populaire par les partis de la gauche de l’impérialisme. Sans étonnement pour nous communistes.
Le vrai danger pour les peuples d’Europe demeure l’impérialisme français et son bras surarmé. L’alignement de la direction impérialiste allemande sur les velléités bellicistes de la direction impérialiste française est une nouvelle confirmation de ce danger. Ce doit être une raison supplémentaire pour nous communistes de nous préparer à diriger la révolution populaire vers le socialisme.
Vive la révolution ! Vive le communisme !
Communistus
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