La guerre de l'impérialisme français contre l'Algérie démocratique et populaire
Bonjour,
Les événements nous obligent à revenir sur l’Algérie. Ce n’est pas nous qui faisons une fixation sur le sujet, c’est l’impérialisme français. Nous avions l’impression qu’il y avait deux camps bien distincts dans cet impérialisme : le premier aurait vécu dans un monde de nostalgie et nous le voyions plutôt du côté du Rassemblement national de Marine Le Pen et des proches d’Éric Zemmour ; le second serait plus centré sur la politique d’union européenne. Mais il semble que cette distinction n’en n’est pas vraiment une. Le “centriste” Bayrou rejoint l’extrême droite Retailleau, sur le terrain de l’imprécation contre l’Algérie. Ils n’ont, semble-t-il, pas de mots assez durs. Certains semblent penser que tous chassent sur les terres électorales du Rassemblement national. Mais ce n’est pas un raisonnement valable. Il faut élargir beaucoup le cadre politique. Dans l’Union européenne, l’Italie de Giorgia Meloni et l’Espagne de Pedro Sanchez, l’une de droite, l’autre de gauche, prennent un malin plaisir à “contrarier” les visées de la France impérialiste. Nous pensons qu’il y a certes des niveaux de conscience différents. L’Italie impérialiste se voit jouer une partie, au moins économique, dans le passage et le partage du gaz africain (Nigeria, Niger, Algérie) qui traverserait la Sardaigne ou la Tunisie et la Sicile. L’Espagne impérialiste se sert de sa position d’ancienne puissance coloniale du Sahara occidental et prend une position plus “réaliste” par rapport aux positions de l’ONU. Sont-ce véritablement des stratégies impérialistes différentes ? Nous pensons qu’il s’agit plutôt d’amuse-gueule. L’impérialisme français a les moyens d’empêcher totalement et définitivement les prétentions de l’Italie et de l’Espagne…
Notre thèse principale, c’est que le colonialisme et l’impérialisme ont créé entre l’Algérie et la France des liens qui semblent indestructibles. Sans remonter aux époques antiques et médiévales (que nous pourrions aussi ausculter avec profit), il y a trois moments de la guerre contemporaine qui marquent les relations algéro-françaises ou franco-algériennes. Ces relations relèvent, selon nous, de la guerre civile. L’Algérie tient le pôle révolutionnaire depuis les années 1940 (au moins) et la France tient le pôle réactionnaire.
La première guerre d’Algérie (1830-1852)
En septembre 2024, Alain Ruscio publie aux éditions La Découverte, La première guerre d’Algérie. Une histoire de conquête et de résistance, 1830-1852, 773 p., 29,90 €

C’est une lecture indispensable pour tous les citoyens européens conscients, mais particulièrement pour les révolutionnaires. Les mécanismes sont détaillés avec précision. Ce qui relève du hasard peut-être et ce qui relève du système. Bien évidemment, Alain Ruscio trace un itinéraire politique de la France et de l’Europe. La France est assez bien sortie de l’épisode napoléonien (1799-1815) qui a complètement transformé l’Europe. Sans nostalgie, les leaders impérialistes français sentent l’affaiblissement de l’empire ottoman dont l’Algérie est la province la plus occidentale. Ils reprennent des plans élaborés depuis le XVIe siècle… Cela donne envie de tout redire page à page…
En octobre 1954, suite à un tremblement de terre, le ministre de l’intérieur, François Mitterand, est en Algérie. Il est interpelé par le PPA-MTLD, dirigé par Messali-Hadj. Le ministre français ne dit mot. “Il n’obtint aucune réponse. La deuxième guerre d’Algérie commença deux semaines plus tard.”
Tels ont les derniers mots du livre de d’Alain Ruscio.
Pour aller d’une guerre à l’autre, nous donnons deux titres de la bibliographie d’Alain Ruscio, chez le même éditeur :


“La” guerre d’Algérie (1954-1962)
Cette guerre-là n’a pas de numéro. C’est “la” guerre d’Algérie. Dans notre compte, c’est la deuxième. On la fait commencer au 1er novembre 1954 (Toussaint rouge). On aurait aussi bien donner comme date le 8 mai 1945, avec les massacres de Sétif. Le jour même de la fin de la guerre mondiale, l’armée et la police françaises s’acharnent sur des manifestants algériens venus réclamer leur dû. Ce qui avait été admis par les chefs de la France libre (gaulliste) : l’indépendance.
La période change complètement : indépendance de l’Inde en 1948, victoire du Parti communiste chinois en octobre 1949, conférence de Bandung en Indonésie (18-24 avril 1955) : 29 pays africains et asiatiques (Égypte, Inde, Indonésie, Chine…) Le « tiers monde » est né. Des pans entiers des empires britannique et français font valoir leur droit à l’indépendance. Pour l’Algérie, la métropole impériale ne veut pas lâcher. Elle envoie faire la guerre les jeunes soldats du contingent. Avec des tortures, des exécutions sommaires, des incendies, l’Algérie est mise à feu et à sang. Des centaines de milliers de victimes. C’est une véritable guerre civile qui se fait. Né en 1954, le Front de libération nationale (FLN) des Algériens mène une guerre révolutionnaire exemplaire. Le combat traverse la Méditerranée et s’étend au sol métropolitain. L’impérialisme français, dirigé par le général De Gaulle, parvient, en changeant de république et grâce à plusieurs référendums-plébiscites, à prendre le tournant. Entre 800.000 et un million de Français, les Pieds-noirs, quittent l’Algérie. Les combattants algériens fondent une République algérienne démocratique et populaire.
Vers une troisième guerre d’Algérie (2024-…) ?
Dans une interview à L’Opinion le 3 février 2025, le président algérien Abdelmajid Tebboune marque bien la limite. « Nous avons parlé avec le président Macron plus de 2 h. 30 en marge du sommet du G7 à Bari, le 13 juin dernier [2024]. Il venait de perdre les élections européennes et avait annoncé la dissolution de l’Assemblée nationale. […] Il m’a alors annoncé qu’il allait faire un geste pour reconnaître la « marocanité » du Sahara occidental, ce que nous savions déjà. Je l’ai alors prévenu : « Vous faites une grave erreur ! Vous n’allez rien gagner et vous allez nous perdre. Et vous oubliez que vous êtes un membre permanent du Conseil de sécurité, donc protecteur de la légalité internationale, alors que le Sahara occidental est un dossier de décolonisation pour l’ONU qui n’a toujours pas été réglé. »
Le président Tebboune parle d’une “ambiance délétère” et d’une rupture qui pourrait “être définitive”.
L’octroi du prix Goncourt à Kamel Daoud, l’arrestation de Boualem Sansal, l’expulsion des OQTF… Tout devient sujet à polémiques et à hurlements. Il n’y a aucun tentative de règlement dans le calme. On n’invite jamais l’ambassadeur d’Algérie à s’expliquer sur les dossiers.
Pourquoi le président Macron fait-il de Marseille sa “ville de coeur” ? La concentration du hub informatique occupe l’ancienne base des sous-marins nazis (1943-1944). Près de 20 cables de transmission sous-marine y convergent. On sait que c’est le coeur de l’économie et de la puissance contemporaines. Quel avenir économique et militaire a-t-on réservé à Marseille ?
Les communistes se posent mille et une questions. Mais elles ont toutes comme fondement la volonté de ne pas couper ce qui est si profond entre les deux rives de la Méditerranée. Nous voulons l’union des peuples. Nous voulons profiter de la vague révolutionnaire qui porte l’Algérie. Nous voulons faire bénéficier l’Algérie et toute l’Afrique des mille richesses de la France.
Vive l’Algérie démocratique et populaire !
Vive la révolution communiste !
Pour nous contacter : journal@communistus.eu