« Faire nation » ou faire la révolution
Bonjour,
Après le discours de Fabien Roussel du 17 février 2025
La direction du PCF a tenté une malheureuse nouveauté. Elle a voulu marquer le premier anniversaire de la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian. Elle a convoqué une conférence « Faire nation : la Résistance en héritage », le lundi 17 février 2025 à 19 h., place du colonel-Fabien. Avec tout ce qu’on pourrait reprocher à la direction comme manquements à la morale révolutionnaire, pourquoi aller chercher cette conférence précise ? C’est que Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a donné une conférence introductive qui multiplie les erreurs et les contrevérités. Nous ne voulons absolument pas la publier. Toute la séance est accessible.
Il ne s’agit pas de snobisme de la part du secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. Les mots « faire nation » appartiennent au vocabulaire du président Macron qui l’utilise depuis la crise du Covid. On ne sait si Fabien Roussel a cru renouer avec une tradition politique de la période révolutionnaire. Mais cette expression n’apparaît décidemment pas au XVIIIe sicle. À l’inverse, ce qui apparaît dans le discours proposé, c’est une théorisation complètement à l’envers de la résistance, de la nation et de la révolution. En parlant, Fabien Roussel apparaît tout bizarre. Il bafouille souvent. Est-il convaincu de ce qu’il raconte ?
Roussel prétend qu’en 2024 « une grande victoire » a été l’entrée au Panthéon des époux Manouchian. Nous ne voulons pas insister sur la cérémonie honteuse de 2024. Les communistes présents se sont vus confinés à des emplacements lointains sans importance. Et un seul chant de l’Internationale a été très tardif. Il n’avait pas été prévu. En présence de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, leaders du Rassemblement national. C’est l’impérialisme français qui a profité des Manouchian, plus que la lutte n’a profité des ors de la République. Le même problème était apparu lors de l’utilisation de la dernière lettre du résistant Guy Môquet par le candidat puis le président Sarkozy en 2007. Nous pensons que la véritable mémoire populaire se tient plus dans des noms de rue et mieux encore dans l’hommage de nouvelles actions en l’honneur et au nom des révolutionnaires du passé.
Visiblement, ce qui intéresse Roussel en 2025, c’est le débat sur le « droit du sol » lancé à propos de la colonie française de l’océan Indien, Mayotte. Il précise que « nous voulons profiter de cet anniversaire pour rappeler une fois encore que Missak Manouchian est devenu Français non par le sang reçu mais par le sang versé. » En fait nous sommes face à ce problème du « Mort pour la France ». L’expression est déjà dans L’Affiche rouge, poème de Louis Aragon de 1955 mis en musique par Léo Ferré en 1961. Ce n’est pas qu’il soit « mort pour la France » qui importe. Missak es mort dans la lutte de libération militaire. En fait, Missak Manouchian n’a jamais eu la nationalité française et Mélinée ne l’a eue que très tardivement, en 1964. Donc l’argument de Fabien Roussel tombe complètement à plat.
« C’est ainsi l’occasion de réaffirmer, haut et fort, que la citoyenneté française n’est pas seulement une affaire de génétique mais de construction politique. » Les mots sont traitres : Si ce n’est pas « seulement » génétique, c’est que ça l’est tout de même en partie. Et on retrouve dans cette expression la formule de nos antisémites et sionistes honteux. Bien entendu, pour eux, Simone Weil et Joseph Kessel sont « juifs ». Même s’ils n’ont l’un et l’autre aucune attache avec la religion juive.
Sans la moindre cohésion historique ou événementielle, les expressions heurtent et se percutent. On ne voit pas ce que veut dire précisément « les figures de Marc Bloch et de Missak Manouchian ». Le 25 novembre 2024, à Strasbourg, Emmanuel Macron a annoncé la panthéonisation de Marc Bloch. On sent que pour Roussel « faire nation », ce serait peut-être faire bloc avec le président de la République. Rétrocéder les héros de la lutte populaire à l’ennemi de classe.
Et dans le discours de Roussel, il y a du délire historique : « La Nation, dans son lien avec le peuple, est née politiquement le 17 juin 1789, il y a près de 250 ans, le jour où les États généraux devinrent « assemblée nationale ». Il y a un jeu de mot entre « nation » et « nationale ». À part cela, on apprend depuis deux siècles et demi, que ce jour là, c’est la notion de constitution qui devient déterminante.
« Un peuple qui trois ans plus tard à Valmy, fera face aux armées prussiennes venues écraser la Révolution. » Le cadeau aux ennemis est encore plus manifeste. En aout 1792, Louis Capet est emprisonné. Il n’y a plus de roi. Les armées révolutionnaires, commandées en partie par des traitres, l’emportent à Valmy. Ce n’est pas la Nation qui gagne, c’est la Révolution qui va transformer la France en République le lendemain même de Valmy (septembre 1792).
Roussel saute un siècle : « en 1881, … cette nation a vacillé peut-être pour la première fois, sur les principes de fraternité et d’égalité qui l’ont fondé, lorsque des immigrés italiens ont été pourchassés par la foule à Marseille pendant toute une semaine, coupables d’avoir sifflé l’hymne national au retour des troupes coloniales ». C’est ce que l’on appelle les « Vêpres marseillaises ». Mais c’est aller beaucoup trop vite en besogne. Pourquoi ? Quand ? Comment ? On ne saurait ramener l’origine du Rassemblement national aux seules Vêpres marseillaises. Alors qu’il y a visiblement une pratique anticolonialiste.
Roussel arrive enfin aux insultes contre les institutions européennes. « Une nation déshonorée et salie par les traités de Maastricht et de Lisbonne, qui effacent les peuples et les nations européennes derrière une Europe de plus en plus fédérale, au seul service de la circulation des flux financiers ». Les formules n’ont pas le moindre sens. Que propose Roussel ?
On peut continuer ainsi paragraphe après paragraphe. La pensée ne tient pas. La liquidation et l’abandon des principes communistes sont partout.
Non, l’entrée au Panthéon des communistes n’est pas une victoire. C’est un alignement sur l’impérialisme. Manuel Macron l’a bien compris.
Le rôle des communistes et de leur parti n’est pas de « faire nation », c’est de faire la révolution.
Communistus
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