Algérie : une rentrée littéraire sous attaque française
Bonjour,
L’automne est la saison des prix littéraires. Cette année encore, la France a décidé de placer la littérature française sous le signe de la guerre impérialiste. Le prix Goncourt a été décerné à Kamel Daoud pour son « roman » Houris. Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie, continue sa campagne vengeresse contre l’Algérie. L’arrestation de Boualem Sansal le 16 novembre 2024 à Alger provoque des hurlements de tout ce que la France possède de « démocrates ».
Kamel DAOUD : plagiat et racisme au service de l’impérialisme français

Kamel Daoud après l'annonce du prix au restaurant Drouant à Paris, le 4 novembre. (Julien de Rosa/AFP)
Kamel Daoud est né en Algérie en 1970. En 2020, il prend la nationalité française. Il est l’auteur de romans et chroniqueur régulier au Point. En 2013, il publie son premier roman Meursault, contre-enquête aux Éditions Barzakh (Alger). Il est republié en 2014 aux éditions Actes sud. En 2023, il est une nouvelle fois republié aux éditions Gallimard. Pour ce roman, il a gagné le prix Goncourt du premier roman en 2015, ce qui lui a conféré une certaine notoriété.
Le 10 janvier 2023, dans Le Point, Macron interviewé par Daoud dit : « La guerre d’Algérie est la matrice de tous les ressentiments ». Avec cette déclaration, Macron montre combien l’Algérie demeure centrale dans la pensée stratégique de la France. La publication du « roman » Houris n’est pas un hasard littéraire. Elle s’intègre dans une politique d’agression de l’Algérie. La France, ancienne puissance coloniale, se montre incapable de parvenir à l’apaisement de ses relations avec l’Algérie.
Cet automne, la France avait décidé de mener une nouvelle bataille contre l’Algérie. Les événements relatés s’inscrivent dans une politique totale de la France visant à détruire la République algérienne démocratique et populaire. Après avoir critiqué inhumainement une partie de la délégation olympique algérienne pendant l’été, la France a organisé ses grandes retrouvailles avec le Royaume sioniste du Maroc, soutenant ses visées coloniales sur la République arabe sahraouie démocratique.
Dans ce contexte, la publication du « roman » Houris a bénéficié d’une large exposition médiatique dans le cadre de la rentrée littéraire en France. Kamel Daoud a été vite pressenti pour le Goncourt. Début novembre, l’académie a officiellement décerné le prix Goncourt 2024 à Kamel Daoud par un vote large (6 voix sur 8). Les huit membres de l’académie Goncourt sont Philippe Claudel (président), Pascal Bruckner, Tahar Ben Jelloun, Camille Laurens (secrétaire générale), Pierre Assouline, Éric-Emmanuel Schmitt, Françoise Chandernagor (vice-présidente) et Christine Angot. L’intelligentsia parisienne s’est mise au diapason pour nuire à l’Algérie. Comme c’est original !
Dès la 4e de couverture, l’éditeur nous informe de son parti pris : « Dans un pays qui a voté des lois pour punir quiconque évoque la guerre civile, Aube décide de se rendre dans son village natal, où tout a débuté, et où les morts lui répondront peut-être. » C’est la raison pour laquelle la présence de Gallimard est interdite au 27e salon international du livre d’Alger (SILA) qui s’est tenu du 6 au 16 novembre 2024.
On lit qu’il serait impossible de publier des ouvrages sur la décennie noire. Pas de bol, il existe de nombreux romans sur le sujet, comme À quoi rêvent les loups (Julliard, 1999) de Yasmina Khadra. Des lois interdiraient de parler de cette période. Sauf que lesdites lois sur la « concorde civile » n’interdisent absolument pas de parler de la décennie noire. En particulier, c’est l’article 46 de la charte pour la paix et la réconciliation nationale (2005) qui est décriée par les médias français. Elle dispose : « Est puni d’un emprisonnement de trois (3) ans à cinq (5) ans et d’une amende de 250.000 DA à 500.000 DA, quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale, pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’Etat, nuire à l’honorabilité de ses agents qui l’ont dignement servie, ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international. » Il n’est donc pas interdit de parler de la période, il est interdit de se servir de la décennie noire pour attaquer l’Algérie. Or, c’est exactement le projet de Daoud et de Gallimard.
Mais très vite, l’affaire s’aggrave. La véritable « Aube », Saada Arbane, porte plainte contre la femme de Kamel Daoud pour violation du secret médical. En effet, Aicha Dahdouh, épouse Daoud, est psychiatre et s’est occupée de Saada Arbane. Kamel Daoud lui aurait fait part de sa volonté de raconter son histoire dans un roman. Saada Arbane a expressément refusé. La psychiatre l’aurait alors rassurée, disant qu’elle protégerait son intimité. Mais il n’en fut rien. Madame Daoud a trahi sa promesse et brisé le secret médical. C’est ainsi que Kamel Daoud a pu écrire son « roman ». Saada Arbane a appris par hasard la publication prochaine d’un roman en France racontant sa propre vie. Tout y est : son viol, la tentative d’égorgement, sa cicatrice au cou, ses cordes vocales détruites, ses doutes quant à l’avortement… Lorsqu’elle a contacté son ancienne psychiatre pour lui demander des comptes, celle-ci a cherché à acheter son silence. Voilà toute l’ignominie du couple Daoud.

Aicha Dahdouh

Saada Arbane
L’interview de Saada Arbane sur One TV est disponible ci-dessous.
Xavier DRIENCOURT : un ancien diplomate à la solde de la Françalgérie

Xavier Driencourt et son livre L'énigme algérienne
Xavier Driencourt est un diplomate et haut fonctionnaire né en 1954 à Paris. Deux fois ambassadeur de France en Algérie (sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika) : de 2008 à 2012 (fin de la « décennie noire ») puis de 2017 à 2020.
En 2022, il publie l’ouvrage L’énigme algérienne : Chroniques d’une ambassade à Alger. Son livre est « unanimement salué par la presse » (comme on dit).
En janvier 2023, il signe une tribune anti-algérienne dans Le Figaro, avant de rejoindre, la même année, le « comité stratégique » du média d’extrême droite Livre noir (devenu Frontières).
Le 8 janvier 2023, il publie sur Le Figaro la tribune « L’Algérie s’effondre, entraînera-t-elle la France dans sa chute ? ». Il explique que « l’“Algérie nouvelle” », selon la formule politique des Algériens, est en train de s’effondrer sous nos yeux et qu’elle entraîne la France dans sa chute, sans doute plus fortement et subtilement que le drame algérien n’avait fait chuter, en 1958, la IVe République ». La haine anti-algérienne atteint ici un sommet dans l’incompétence et la mauvaise foi.
En mai 2023, il publie Politique migratoire : que faire de l’accord franco-algérien de 1968 ? pour la « Fondation pour l’innovation politique » (« un think-tank libéral, progressiste et européen »). Dans ce livre, Xavier Driencourt réinvente le « problème de l’accord algérien de 1968 » qui amènerait la France – en plus d’accueillir des masses d’immigrés algériens – à verser des sommes considérables à l’Algérie. Étude sérieuse faite, il n’en est rien.
En 2024, il conseille les dirigeants du Rassemblement national sur la politique internationale.
Boualem SANSAL : pantin du révisionnisme anti-algérien

Boualem Sansal sur Frontières
Boualem Sansal est né en 1949 en Algérie. Il a été naturalisé français en 2024. Il est romancier et essayiste. Il publie ses ouvrages en Algérie, en France et en Allemagne. Il tient une chronique dans Le Point et est membre du comité éditorial de Frontières. Il est très ami avec Xavier Driencourt.
En 1999, il publie son premier roman Le Serment des barbares aux éditions Gallimard. Il y expose les tragédies de l’Algérie pendant la décennie noire. Il reçoit le prix du premier roman et le prix Tropiques.
En 2003, il publie le roman Dis-moi le paradis. Il tourne en dérision les difficultés économiques et politiques que l’Algérie affronte depuis son indépendance. Il se moque notamment du très-aimé et révolutionnaire président Boumediène. En réponse à l’ouvrage, il est renvoyé de son poste de haut-fonctionnaire au ministère algérien de l’Industrie.
En 2008, il publie le roman Le Village de l’Allemand. Il développe un parallèle entre islamisme et nazisme. Le livre raconte l’histoire du SS Hans Schiller, qui fuit en Égypte après la défaite nazie, et se retrouve ensuite à aider l’Armée de libération algérienne, pour finalement devenir un héros de guerre et se retirer dans un petit village perdu. Le livre s’inspirait d’un destin réel, découvert par la presse dans les années 1980.
En 2015, il publie le roman 2084 : la fin du monde. Il obtient le grand prix du roman de l’Académie française. L’éditeur résume : « Au fil d’un récit plein d’inventions cocasses ou inquiétantes, Boualem Sansal s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux. »
En 2018, il publie le roman Le Train d’Erlingen. C’est à nouveau un roman d’anticipation réactionnaire : réflexion sur les crises migratoires et sur la montée en puissance de l’islamisme en Europe. Il déclare : « Oui, l’Europe a peur de l’islamisme, elle est prête à tout lui céder. » Babelio résume : « Et si cette histoire était le fruit d’un esprit fantasque et inquiet, qui observe les ravages de la propagation d’une foi sectaire dans les démocraties fatiguées ? Comme dans 2084, Boualem Sansal décrit la mainmise de l’extrémisme religieux sur les zones fragiles de nos sociétés, favorisée par la lâcheté ou l’aveuglement des dirigeants. »
Le 16 novembre 2024, Boualem Sansal est arrêté à Alger par la police. Il est placé en garde à vue. Il risquerait la prison pour « atteinte à l’unité nationale ». En cause, ses déclarations anti-algériennes au média raciste Frontières (ex Livre noir), qui lui valent le surnom de « pantin du révisionnisme anti-algérien » dans la presse algérienne. Notons combien Frontières fournit les cadres au mouvement françalgérien.
Par exemple, il déclare : « Quand la France a colonisé l’Algérie, toute la partie ouest de l’Algérie faisait partie du Maroc : Tlemcen, Oran et même jusqu’à Mascara. Toute cette région faisait partie du royaume [du Maroc]. » C’est une position absolument fausse, révisionniste, qui minimise la colonisation française, qui sape la légitimité de la République algérienne démocratique et populaire, qui fait la part belle aux actions coloniales du Royaume sioniste du Maroc. Nous soutenons les Algérien·ne·s dans leur opposition radicale à de telles affirmations.
Pour Sansal, toute la « démocratie impériale » de la France se mobilise. Marine Le Pen, du Rassemblement national (RN), demande au gouvernement français d’« agir pour obtenir sa libération immédiate ». Le responsable des députés LR, Laurent Wauquiez, demande que « tous les moyens de pression sur l’Algérie soient activés pour obtenir la libération de notre compatriote, le grand écrivain Boualem Sansal ». De son côté, l’ex-Premier ministre Édouard Philippe réagit sur son compte X : il affirme qu’il compte « sur les autorités françaises et européennes pour obtenir des informations précises et faire en sorte qu’il [Sansal] puisse circuler librement et revenir quand il le souhaitera en France ». Le président Emmanuel Macron est « très préoccupé par la disparition », ajoutant que « les services de l’État sont mobilisés pour clarifier sa situation », et que « le président de la République exprime son attachement indéfectible à la liberté d’un grand écrivain et intellectuel ». Éric Zemmour ose même « exiger la libération immédiate » de Sansal, comme si l’Algérie n’était pas un État souverain, comme si elle n’était qu’un partenaire subalterne soumis à quelque impératif étranger.
Boualem Sansal n’a jamais été inquiété pour ses écrits, ni pour ses critiques acerbes envers les autorités algériennes. Il a continué à vivre en Algérie et est demeuré libre de ses déplacements. Les raisons exactes de son interpellation ne sont pas encore connues officiellement. Nous avons rappelé ses propos remettant en cause l’intégrité territoriale de l’Algérie. Son avocat, Me François Zimeray, a annoncé le 8 décembre 2024 qu’il demanderait « sa remise en liberté » lors d’une audience prévue le 11 décembre à Alger.
En suivant quotidiennement la presse algérienne, nous savons que la lutte contre l’intégrisme islamiste et contre l’irrédentisme se poursuit jour après jour en Algérie. Aucune complaisance ne semble admissible. Il est donc inadmissible pour les Algériens que l’on critique l’Algérie sous de fallacieux prétextes. L’Algérie poursuit chaque jour sa lutte pour l’indépendance contre l’impérialisme français. Les romans de Sansal font le jeu d’une Europe qui porte la guerre dans le monde, finance les terroristes, se réjouit lorsqu’ils prennent le pouvoir en Syrie, tue les migrants, maltraite les réfugiés, trie ses citoyens selon une idéologie raciste et manipule la non-religion pour stigmatiser les musulmans. L’impérialisme n’est pas universel, nous le battrons par la fraternité.
L’indépendance du Rif
Ce n’est sans doute pas un hasard si, pour répondre aux élucubrations de Boualam Sansal, un Parti national rifain a lancé depuis Alger un « appel à la communauté internationale pour le recouvrement de l’indépendance ». Il a bel et bien existé une république du Rif dans le nord de l’actuel Maroc de 1921 à 1926. La complicité impérialiste de la France et de l’Espagne a provoqué la fin de cette république. Nous vous proposons la lecture d’un article du quotidien algérien El Moudjahid qui donne de nombreux détails sur cette réalité politique intéressante et complexe. Une chose est sûre, au moment de la colonisation de l’Algérie en 1830, le territoire colonisé par la France a déjà la définition et la composition de l’Algérie actuelle.




La révolution n’attend pas. C’est à nous de la faire ! Pour la construire, il nous faut rechercher la vérité. Nous espérons que ce numéro contribuera, une fois de plus, à vous éclairer sur la brutalité de la France et sur notre fraternité au peuple algérien. Vive la révolution algérienne ! À bas la république impérialiste française !
Communistus
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