Média communiste pour toute l'Europe
fondé par Michèle Mestre
7 décembre 2024

Quo vadimus ?

Bonjour,

Quo vadimus ? Où allons-nous ? Nous vous proposons une lecture singulière des événements politiques français. Comme à l’accoutumé, nous nous opposons au bon sens social-démocrate qui infuse largement et empêche toute compréhension de la situation.

Emmanuel Macron vous énerve ? Nous aussi. Mais la colère ne suffit pas pour battre l’impérialisme.

Le vrai pouvoir d’Emmanuel Macron

Tout le monde se demande pourquoi Emmanuel Macron a dissout l’Assemblée nationale en juin 2024. Depuis les élections législatives de 2022, le parti de Macron n’est plus majoritaire à l’Assemblée. Ce serait pour remédier à cette situation qu’Emmanuel Macron aurait dissout l’Assemblée à l’issue des élections européennes de 2024. Il en est ressorti une Assemblée encore plus divisée : un tiers pour le nouveau front populaire (NFP) ; un tiers pour les partis alliés du président ; un tiers pour le rassemblement national (RN) et ses alliés. Les analystes crient depuis lors à l’erreur politique grave du président. Mais cette situation lui est-elle vraiment défavorable ?

Depuis 1958, le système majoritaire s’organise autour du président de la République, dont le parti détient la majorité à l’Assemblée. Le président peut alors nommer le premier ministre de son choix et mettre en oeuvre son programmel. Une seconde forme de système majoritaire est apparu en 1986. La cohabitation résulte d’abord de la disjonction des mandats présidentiels (7 ans) et parlementaires (5 ans). Le président nomme premier ministre le chef du parti majoritaire à l’Assemblée. Après trois cohabitations (Mitterrand-Chirac en 1986, Mitterrand-Balladur en 1995, Chirac-Jospin en 1997), l’introduction du quinquennat présidentiel a mis un terme à cette éventualité.

Ce que nous vivons depuis juin 2024 n’est pas une nouvelle forme de système majoritaire. C’est une partie politique totalement nouvelle sous la Ve république. Le président a les mains libres ; le premier ministre n’a pas de majorité et n’est pas responsable devant l’Assemblée ; l’Assemblée est divisée en trois blocs égaux et ne peut être dissoute pour le moment. Tout le monde décrit la situation comme bloquée. (Comme à l’accoutumé, tout le monde s’accorde sur un récit politique inopérant. C’est que tout le monde se trompe.) En réalité, il n’y a pas de blocage. L’impérialisme français n’est jamais bloqué par la loi. C’est tout le sens de la constitution de la Ve république.

Dans sa courte prise de parole à la télévision le 5 décembre, Macron explique le sens de sa méthode : « Il me reste trente mois de présidence […] Il faut qu’une politique se fasse sans secousses ! » Cette politique, c’est la sienne. Pas celle d’un gouvernement de sa couleur, pas celle d’une Assemblée de sa couleur. Tout simplement la sienne. La politique que Macron met en oeuvre tous les jours, sans restriction, sans contrôle. La politique impérialiste qui fait la « grandeur de la France » comme l’écrivaient les nègres du Général de Gaulle : « La France ne peut être la France sans la grandeur » (Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome 1, l’Appel, Paris, Plon, éd. or.1954, pp. 1-2).

Macron fait un usage extensif de la constitution gaulliste qui a précisément été rédigée pour permettre le maintien dictatorial de l’impérialisme au pouvoir. Nous voyons bien qu’il a les moyens de faire adopter et appliquer sa politique. Seul le peuple conscient et révolutionnaire pourrait l’en empêcher.

Tout le monde pense que la censure du gouvernement Barnier est un camouflé pour Macron. Encore une erreur du « bon sens » cartésien. Macron a nommé Barnier pour qu’il se fasse censurer. Chaque fois qu’un premier ministre se fait censurer, le président reprend la main et l’Assemblée est disqualifiée. Pour Macron, c’est la démonstration de sa toute-puissance. Au cours des « trente mois » à venir, Macron peut utiliser plusieurs fois le même procédé.

En attendant, aucune anarchie ne préside à la France. Les lois obligatoires seront adoptées, par ordonnance s’il le faut. Le président prendra tous les décrets nécessaires. L’Assemblée votera, en un consensus confondant, les crédits pour la continuité de la politique impérialiste comme elle l’a toujours fait. Les nombreuses lois de l’Union seront transcrites en droit français et entreront en vigueur. La diplomatie française continuera de faire fructifier les intérêts impérialistes. L’armée française fera la guerre partout. Business as usual.

Pourquoi Macron tient-il au pouvoir à ce point ? Il semble être le seul capable d’entrevoir les nécessités de la guerre mondiale qui vient. Comment Macron compte-t-il se maintenir au pouvoir au-delà de 2027 ? Un coup d’Etat bonapartiste est toujours envisageable. Mais il est plus probable que le discours sur la prétendue instabilité politique de la France permette en définitive à Macron de porter une réforme profonde de la constitution d’ici la fin de son mandat.

Pour faire gagner le peuple travailleur, pour faire triompher l’humanité, il faudra que les peuples d’Europe, à commencer par le peuple français, prennent conscience du pouvoir qui est le leur. Révolutionnons le parti communiste français ! À bas les fantasmes ! À bas les illusions !

Communistus


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